C’est presque au début du monde. Ou un peu après.
C’est un matin de début du monde. Il ne fait pas encore chaud. Mais les peurs de la nuit sont bien évaporées.
Deux petites filles vont sur le sentier, riant et chantant, la plus grande et la plus petite, deux sœurs ?
Où allez-vous fillettes, toutes seules, en ce matin de début du monde ?
Ne savez-vous pas tout ce qui rôde, même en ce matin de début du monde, de mauvaises intentions ?
Les fillettes rient, elles sont insouciantes, il fait si beau, elles sont seules, il n’y a rien à craindre, assurément.
Les fillettes, la grande sœur et la petite, riant, dansant, chantant, arrivent à la rivière.
Le village un peu plus loin, protégé par la Roche des sacrifices, la berge de la rivière, ici, si douce, les oiseaux dans les feuilles et les herbes, et les petites filles qui s’amusent.
Elles vont nu-pieds, comme on va le plus souvent en ce début du monde, seulement vêtues de vêtements sommaires, peaux et lianes ; dans une nature rude, mais en paix quelques instants, entre les angoisses de la nuit et la chaleur du jour.
Les petites filles, la grande, la petite, ont jeté leurs vêtements sur la pierre, et se sont allées, nues, gracieuses, incroyables, dans l’eau douce de la rivière de ce début du monde.
Un nuage, perdu dans le ciel, vient assombrir la lumière. Soudain, l’aînée, encore animal sauvage, prévenue par on ne sait quel signal, est en alerte, comme le sont les animaux sauvages. Quelque chose s’approche, qui ressemble à de la mort.
Vite, aussi vite qu’elle peut, la grande sort de l’eau, entraînant la petite, qu’aussitôt elle cache parmi les herbes. Tu ne bouges pas, tu ne bouges plus, tu ne cries pas, quoi qu’il arrive ! Ainsi font les petits des animaux, quand ils sont menacés, ainsi tu devras faire, quoi qu’il arrive.
Mais fais-moi une promesse, une seule ! La grande dit, la petite promet, avec ferveur ; puis se terre dans les roseaux, parfaitement invisible.
Les parents des animaux menacés se livrent à toutes sortes de gesticulations, pour attirer à eux les prédateurs, les écartant ainsi de leur couvée. Ainsi fait la grande sœur, qui retourne à la berge, qui retourne à son bain. Elle pourrait s’enfuir, en quelques pas, elle serait à l’abri. Mais la petite ne la suivrait pas, et serait à merci. La grande mime l’insouciance et le bain…

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